Auteur : Thremendous
Traductrice : Moonkissed
La poussière se dispersa dans l’air.
Je brandis mon épée.
Boum, boum, boum !
Trois vallées se dessin`rent devant, et la chaîne de montagnes qui se trouvait au loin se fendit en trois.
Tandis que Byeok Mun-seong paniquait, je me rapprochai de lui.
J’avança la main et saisis l’une des centaines d’épées volantes qui filaient dans son sillage.
Fouuu !
Même dans le vide, l’Épée Sans-Forme exhalait une puissance terrifiante, et, combinée à une épée, sa concentration augmentait encore.
Je superposa l’Épée Sans-Forme à l’artefact ; il s’activa et émit de l’énergie spirituelle.
Flash !
On aurait dit une épée volante de l’attribut feu. Des flammes jaillirent, et l’Épée Sans-Forme capta ce feu, formant une gigantesque épée embrasée.
Whoosh !
Boum !
En balayant l’artefact sur lequel était superposée l’Épée Sans-Forme, une immense tranche flamboyante fusa, transformant le désert en une lande vitrifiée.
À chaque coup, Byeok Mun-seong se rapprocha davantage, sa peur perturbant sa maîtrise de l’énergie spirituelle.
J’attrapa une autre épée volante et frappa à nouveau.
Une épée volante de l’attribut eau.
Swoosh !
Le désert droit devant se mua en zone marécageuse.
Je maniai une épée volante de l’attribut bois, correspondant au trigramme Zhen (☳), porteur de l’attribut tonnerre, et la foudre s’abattit tout autour, faisant fondre des pans du désert en verre.
— Aaaaargh !
Foudroyé, Byeok Mun-seong hurla, perdit le contrôle de son épée volante et dégringola.
Plouf !
Il s’écrasa dans une dune de sable, et Buk Hyang-hwa, qui avait réussi à s’échapper de son étreinte, convoqua ses artefacts à proximité et atterrit sans encombre sur l’un d’eux.
— Hmm, vous n’avez rien.
— Vous auriez pu attendre un peu et le cueillir facilement, mais il a fallu venir compliquer les choses.
— Hmm, peu importe le nombre d’artefacts, il ne faut pas sous-estimer la puissance d’un cultivateur au stade d’Édification du Qi.
Je désigna l’homme qui rampait hors de la dune.
Sssss !
— Incantation de l’Âme Yin Fantomatique.
Fouuu !
Plusieurs malédictions fusèrent vers lui et se fichèrent directement dans sa tête.
— Aaaaargh !
— Entraves !
Screeech !
La malédiction s’enfonça dans son dantian supérieur, érigeant une entrave mentale.
Il révulsa les yeux, écume aux lèvres et s’effondra.
Je m’approcha de lui et forma des sceaux de main.
— Pourquoi as-tu fait ça ?
— Hurrrk… Ahh, ahh !
— Réponds, et la douleur s’atténuera. Réponds-moi.
— Je, je…
Il commença à bredouiller en bavant.
— Moi seul… reconnais sa vraie valeur…
— Hmm ?
— Moi seul… peux l’aider à grandir !
— Alors tu l’as enlevée pour ça ?
— C… c’est exact… !
Buk Hyang-hwa, qui s’était approchée, demanda d’un ton glacé.
— Et qu’est-ce que tu entends par ‘je peux l’aider à grandir’ ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Réponds.
Fouuu !
J’activa légèrement la malédiction, et Byeok Mun-seong, les yeux retournés, finit par lâcher :
— Le, le Clan Byeok… a récemment, dans le désert… mis la main dessus…
— Mis la main sur quoi ?
— Sur, sur les ruines… du Clan Jo…
Je demanda, intrigué.
— Le Clan Jo ?
De quel clan s’agit-il ?
Je vis le visage de Buk Hyang-hwa se faire grave.
— Vous avez trouvé les ruines du Clan Jo ?
— Le Clan Jo… est-ce un clan célèbre ?
Je questionna, perplexe, et Buk Hyang-hwa acquiesça avec gravité.
— À moins d’avoir vécu longtemps dans l’est de Byeokra, on l’ignore souvent. Le Clan Jo, éteint depuis mille ans, était entouré de mille mystères.
Il y a un millénaire, ils excellaient dans tous les arts de création : artefacts, marionnettes, talismans, élixirs. Le fait le plus connu du grand public est…
Son explication me fit tressaillir.
— Le clan du Seigneur Fou, Jo Yeon.
— Le clan du Seigneur Fou… !
Je demeurai stupéfait et fixa Byeok Mun-seong.
— Il y a mille ans, ils dominaient tout Byeokra, d’une puissance colossale, puis disparurent du jour au lendemain.
Certains disent que le Seigneur Fou, dans sa folie, a exterminé son propre clan, mais cela paraît peu plausible.
Je me remémorai ce que le Seigneur Fou avait sangloté.
‘J’ai exterminé de mes mains le clan qui l’a tuée.’
— …
Je me tus, et Buk Hyang-hwa poursuivit l’interrogatoire du Byeok Mun-seong délirant.
— Alors, qu’avez-vous trouvé dans les ruines du Clan Jo ?
— Dans les ruines du Clan Jo… du Seigneur Fou Jo Yeon, on a découvert une formule… d’élixir spéciale… qui accroît le talent des descendants possédant le Talent de Loi des Motifs Extraordinaires, faisant croître leurs aptitudes.
— Un élixir spécial ? De quoi s’agit-il ?
En grognant, luttant contre la résistance, il finit par parler sous mon entrave mentale.
— C’est un élixir qui, en plus d’augmenter la puissance spirituelle, amplifie considérablement les ‘émotions’ en incorporant les âmes rancunières issues des ingrédients utilisés pour les Pilules d’Édification du Qi durant le raffinement. Le Talent de Loi des Motifs Extraordinaires a une nature telle que, si les ‘émotions’ fluctuent au-delà d’un certain seuil, ou par l’accumulation d’expérience au fil d’un long effort, une ‘croissance qualitative’ devient possible. De sept motifs à six, de quatre à trois, de deux à un. Pour Buk Hyang-hwa, qui est au Talent à Quatre Motifs, avec assez d’efforts accumulés, elle pourrait atteindre le niveau à Trois Motifs !
Je me rappellai les motifs noirs et pourpres à demi mêlés qui avaient affleuré sur sa peau.
— Moi, moi seul peux l’aider à grandir, éveiller son talent…
— Avez-vous autre chose à lui demander ?
— Non, c’est suffisant.
Je forma un sort et posa la main sur sa tête.
— Qu’est-ce qu’on fait de lui ?
— Je peux en faire un idiot si vous voulez.
Après un temps de réflexion, elle secoua la tête.
— Laissez. Il m’a déjà témoigné de la gentillesse, considérons que nous sommes quittes.
Buk Hyang-hwa baissa un regard glacial sur Byeok Mun-seong.
— Mais c’en est fini, Cultivateur Byeok. Il n’y a plus rien entre vous et moi, pas de prochaine fois.
— Tu as entendu ? Grave-toi bien ses mots.
J’actionna doucement la malédiction.
En hurlant, il perdit connaissance, ne retenant sans doute que les derniers mots de Buk Hyang-hwa.
— Partons.
— D’accord.
Rassemblant ses artefacts d’épées volantes, Buk Hyang-hwa monta avec moi sur un artefact volant, et nous regagnons la Cité de Cheon-saek.
Sentant le vent du désert, je lui demanda :
— La formule de cet élixir ne vous intrigue pas ? Elle pourrait être utile pour une cultivatrice comme vous.
Elle esquissa un sourire gêné.
— La plupart des cultivateurs l’ignorent, mais connaissez-vous l’ingrédient principal de la Pilule d’Édification du Qi, Daoïste Seo ?
— Je suis au courant.
— Alors ce sera plus simple à expliquer. Mon père m’a dit que la force vitale humaine et le sang d’essence entraient dans la Pilule d’Édification du Qi. La formule s’appuie là-dessus ; je préfère ne pas en consommer.
— La plupart en prennent en connaissance de cause. Pourquoi pas vous ?
— Avez-vous avalé des Pilules d’Édification du Qi, Daoïste Seo ?
Je souris, un brin amer.
— Non.
— Alors vous comprenez… je préfère m’en abstenir.
— Je vois.
— Et puis j’y ai réfléchi.
Buk Hyang-hwa effleura la peau où ses motifs étaient apparus.
— Si le talent peut grandir par l’expérience et l’effort, alors je préfère grandir de cette manière.
— Un choix avisé.
Nous continuons à parler de talent et de cultivation sur le chemin du retour vers Cheon-saek.
De retour, elle étreignit Buk Joong-ho, qui se relâcha enfin et la serra à son tour.
À propos de l’enlèvement, Buk Hyang-hwa ne mentionna pas Byeok Mun-seong ; elle se contenta de décider de renforcer la sécurité et les artefacts défensifs de sa chambre.
Ainsi s’acheva l’incident de l’enlèvement.
Quelques jours plus tard, nous reprîmes nos discussions sur la méthode de formation.
Restait la part externe et interne de l’assemblage conçu au Palais du Commandement Servant, ainsi que la coordination entre les artefacts de formation.
Nous avons passé des mois à redessiner la méthode de formation, et nous touchons au but.
— La dernière étape est la plus fastidieuse et longue. Il va falloir se concentrer sur les essais-erreurs pour finaliser la formation.
Il restait à Buk Hyang-hwa de créer les artefacts de formation, d’attirer les veines-dragon pour soutenir l’Arbre de Longévité et d’ajuster finement la formation à l’arbre.
C’est chronophage à cause du rassemblement des veines-dragon.
Les artefacts de formation furent vite terminés.
Buk Hyang-hwa fabriqua soixante-douze drapeaux de formation et trente-six disques de formation, que Cheongmun Ryeong et moi avons ajustés avec elle pour qu’ils s’intègrent au réseau.
À présent, il n’y a plus qu’à attendre que les veines-dragon se rassemblent après l’installation de la formation !
— Il nous faut un site d’essai…
proposa Cheongmun Ryeong, et Buk Hyang-hwa, en réajustant les artefacts, répondit :
— On devrait trouver un lieu riche en veines-dragon ?
— Ce serait l’idéal. Une suggestion ?
Elle hésita avant de répondre.
— Il y a un endroit près de la Cité de Cheon-saek…
— Allons-y.
— Pour y installer la formation, il me faut l’autorisation de mon père.
— C’est sa propriété ?
Avec un sourire à la fois doux et amer, elle dit :
— C’est la tombe de ma mère.
Gêné, Cheongmun Ryeong toussa et détourna le regard.
— Nous n’allons pas expérimenter une formation sur la tombe de ta mère. Cherchons un autre lieu, même un peu plus loin.
— Je pense que mon père donnera son accord.
Buk Hyang-hwa déposa les drapeaux sur la table.
— Le but de cette formation est de rassembler des veines-dragon pour faire pousser plantes et arbres, n’est-ce pas ? Bien que la tombe de ma mère soit dans un désert désolé, quelques plantes y poussent grâce à la densité des veines-dragon. Si la formation pouvait rendre sa tombe plus florissante, je ne vois pas pourquoi mon père refuserait. Je vais lui demander.
Cheongmun Ryeong toussa et hocha la tête.
— Très bien, je te laisse faire.
Buk Hyang-hwa partit solliciter l’accord de Buk Joong-ho, et, peu après, celui-ci entre dans la salle où nous mettons au point la formation.
Après avoir réentendu les effets de la formation, il acquiesça.
— Elle aurait aimé cela. Je vous confie cela, Cultivateur Cheongmun.
— Puisque vous le souhaitez.
Ainsi, le site d’essai fut fixé : la tombe de la mère de Buk Hyang-hwa, l’épouse de Buk Joong-ho.
La tablette spirituelle portait le nom Yeon (Lian / Lotus).
La mère de Buk Hyang-hwa, l’épouse de Buk Joong-ho.
Elle s’appelait Yeon.
Buk Joong-ho versa un peu d’alcool sur la tombe de Yeon puis ferma un instant les yeux.
La tombe de Yeon se trouvait dans une grotte de grès, un peu à l’écart de Cheon-saek.
— Ou peut-être que ce n’est pas un grès ordinaire.
Sous l’activité des veines-dragon, la roche semblait s’être muée en un minerai particulier imprégné d’énergie spirituelle.
Que Buk Joong-ho l’ait façonné ou non, le plafond de la grotte était ouvert au ciel, laissant entrer la lumière.
Grâce à cela, diverses herbes et fleurs inconnues avaient poussé çà et là.
— Cet endroit…
Je me rappellait le souvenir de la première fois où Buk Hyang-hwa m’avait donné de l’eau dans mes vies passées. Elle venait déjà dans cette grotte, semble-t-il.
— Veuillez mettre en place la formation, Cultivateur Cheongmun.
— Entendu.
Cheongmun Ryeong et moi plaçons drapeaux et disques autour de la tombe, dehors, et en des points éloignés.
Les drapeaux attiraient l’énergie spirituelle environnante et les disques rassemblaient les veines-dragon.
Bientôt, l’énergie se concentra au centre de la tombe, vivifiant les alentours.
Les herbes et fleurs clairsemées commencèrent à prospérer plus vigoureusement.
Cheongmun Ryeong et moi achevons l’installation externe et passons à l’intérieur pour l’ajustement de l’assemblage interne.
— De son vivant, mon épouse n’avait aucun talent pour la cultivation. Qu’elle repose dans un lieu baigné d’énergie spirituelle est une chance.
dit Buk Joong-ho en regardant la tombe.
Cheongmun Ryeong fixa la tablette et l’interrogea.
— Yeon, c’est un beau nom. Elle devait être une épouse charmante.
— Oui. Mon épouse était belle. Et une bonne mère.
— Quel est son nom de clan ?
Buk Joong-ho répondit, l’expression empreinte d’amertume.
— Mon épouse n’a pas de nom de clan. Non qu’elle fût sans famille, mais la sienne était trop éminente pour le lui donner.
Il caressa la tombe en parlant.
Buk Hyang-hwa regarde elle aussi le dos de son père, le regard mélancolique.
— L’illustre cultivateur du Clan Gongmyo, l’Aîné Gongmyo Cheon-saek. Mon épouse était sa fille illégitime.
Une veine palpita sur le front de Cheongmun Ryeong.
— Ce débauché… encore des ennuis…
— Je ne lui en veux pas. Il a été bon avec moi, et mon épouse, simple mortelle sans potentiel… il n’était pas sensé que le Clan Gongmyo accorde son nom à une fille illégitime et mortelle…
— Je vous prie d’accepter mes excuses au nom de mon ami pour sa faute.
— Nul besoin. Grâce à l’Aîné Gongmyo Cheon-saek, nous avons la Cité de Cheon-saek, et mon épouse et moi avons pu y vivre…
Après un moment devant la tombe, il sortit un petit plant de magnolia.
— Yeon aimait les magnolias. Faites-le fleurir, je vous prie.
— Bien sûr.
Cheongmun Ryeong planta le jeune magnolia derrière la tombe et connecta les veines-dragon de la formation à l’arbre.
— Dans cinq ans, les veines-dragon auront accumulé assez d’énergie spirituelle ; alors il croîtra rapidement. Nous pourrons revenir vérifier les veines-dragon.
Il poussa un léger soupir et nous regarda, Buk Hyang-hwa et moi.
— Merci à tous pour vos efforts. Il ne reste plus qu’à observer la formation pendant cinq ans, corriger des broutilles et itérer.
— Cinq ans…
soupira doucement Cheongmun Ryeong.
— Même à mon âge, au lieu de me reposer paisiblement à la maison principale, me voilà à tester des formations…
— Ha ha, je m’en excuse.
— Non, Daoïste Seo, tu n’as pas à t’excuser. C’était un ordre de notre chef de clan.
Cheongmun Ryeong me tapota le dos et s’éloigna, tandis que j’adressai un dernier regard au père et à la fille avant de quitter la tombe avec eux.
Et ainsi, cinq années passèrent.
Dans l’atelier souterrain de Buk Hyang-hwa.
Dans sa chambre secrète.
— Tenez bon, Demoiselle Buk.
— Hnngh !
Je posa la main dans son dos et insuffla la puissance spirituelle de l’attribut terre pour la soutenir.
— Plus très longtemps ! Avec les techniques que le Cultivateur Cheongmun et moi vous avons enseignées…
Flash !
L’instant d’après, une lumière jaillit de ses yeux et des nuées d’énergie spirituelle s’échappèrent de sa bouche.
Fouuuu…
Possédant les racines Terre, Bois et Métal, Buk Hyang-hwa expira puis réabsorba des nuées d’énergie jaune, bleue et blanche.
Soudain.
Grrrrm !
Un bruit semblable au tonnerre sembla retentir dans son bas-ventre : la Force Spirituelle Pure circula.
Depuis environ cinq ans, Buk Hyang-hwa prenait des élixirs spirituels fournis par son père, Buk Joong-ho. Avec, en plus, l’orientation de Cheongmun Ryeong, sommité de l’éveil spirituel, et mes enseignements, elle avait atteint le sommet du Raffinement du Qi.
Suivant mon conseil, elle avait appris des méthodes de base supplémentaires adaptées à ses racines spirituelles, toutes menées à leur pic.
Avec sa préparation et mon aide, elle atteint enfin le stade d’Édification du Qi.
— Ah… ! La Force Spirituelle Pure…
Elle leva la main, montrant la Force Spirituelle Pure qui y tourbillonnait, et laissa échapper un petit cri de joie.
— Merci infiniment, Daoïste Seo.
— Ce n’est rien. C’était une requête d’un ami, après tout.
— Haha, Senior Cheongmun est un peu votre ami aussi, non ? Pourtant, il a dit qu’il n’aiderait pas, n’est-ce pas ?
— Eh bien… Le Cultivateur Cheongmun appartient au Clan Cheongmun ; aider une cultivatrice hors-clan pour l’Édification du Qi pourrait alimenter des commérages chez les siens, vous comprenez ?
— Hmm…
Elle me jetta un regard plein de sous-entendus, puis ouvrit la porte de la chambre secrète et s’en alla en riant.
— Bon, n’insistons pas. Allons rendre visite à la tombe. Il est temps.
— …D’accord.
Au cours de ces cinq années, Cheongmun Ryeong, Buk Hyang-hwa et moi nous sommes rapprochés.
Et, la regardant s’éloigner, j’esquissai un sourire en coin.
Buk Hyang-hwa était montée à l’Édification du Qi, gagnant trois cents ans de vie. L’énergie spirituelle accumulée par les veines-dragon en cinq ans avait activé la formation, faisant croître le magnolia à vive allure.
— Ah…
Nous restons en admiration devant les magnolias pourpres qui fleurissaient dans la tombe de Yeon.
Surtout Buk Joong-ho, presque au bord des larmes devant ce magnolia florissant.
— …Merci, Cultivateur Cheongmun. Daoïste Seo. Et merci, Hyang-hwa.
— C’est à nous de vous remercier de nous avoir offert une terre riche en veines-dragon.
Cheongmun Ryeong accueilla avec humilité la gratitude de Buk Joong-ho.
Contrairement à il y a cinq ans, la tombe était désormais saturée d’énergie spirituelle, et herbes comme broussailles y poussaient à foison.
— Inutile de récupérer les artefacts que nous avons disséminés. Nous avons vérifié que la formation fonctionne ; nous en fabriquerons d’autres si nécessaire.
— C’est cela.
— …Merci.
Grâce à la formation conçue par Cheongmun Ryeong et moi, la tombe de Yeon restera un lieu débordant de vie.
Après de nouveaux remerciements, Buk Joong-ho échangea encore quelques politesses.
Lorsque ce fut fait,
Cheongmun Ryeong observa la formation et déclara :
— Je vais à présent rentrer au Clan Cheongmun et préparer un site à proximité, similaire au premier étage du Palais du Commandement Servant, avec des veines-dragon et un environnement comparables. J’attendrai encore cinq ans et testerai la formation là-bas. Si le résultat est aussi probant qu’ici, nous installerons enfin la formation sur l’emplacement réel du Palais du Commandement Servant.
— Je vous en prie, et merci.
Ni Buk Hyang-hwa ni moi n’avons plus à intervenir.
Les artefacts sont prêts, la formation entièrement réglée. Il ne reste que l’essai de Cheongmun Ryeong.
— Alors, à dans cinq ans, Daoïste Seo. Et vous aussi, désormais au même niveau, Cultivatrice Buk.
— Oui !
— Entendu.
Cheongmun Ryeong plia bagage et retourna au Clan Cheongmun.
— Vous ne partez, Daoïste Seo ?
— La formation n’a plus besoin d’ajustements ; ma présence n’y est pas requise.
— Donc seul Senior Cheongmun s’en va, et vous vous restez ?
— C’est ce qui se profile.
— Vous pourriez aller ailleurs. Pourquoi vous obstiner à rester ici ?
Je ne trouva pas les mots et fuis son regard.
Elle perçut ma réaction, ricana doucement et me prit par le bras.
— Très bien. Puisque vous restez, au moins pour les cinq prochaines années, vous serez à Cheon-saek, n’est-ce pas ?
— C’est probable.
— Alors, et si on plantait un nouveau jeune arbre devant la tombe de ma mère ?
— Comme ça, tout à coup ?
— Vous avez dit que vous restiez, alors marquons le coup.
Sans réussir à résister, je me laissa entraîner au marché et, un peu interloqué, j’achetai un plant.
— Quel plant avez-vous pris, Daoïste Seo ?
— Ah… un cognassier.
Je caressa le jeune cognassier.
Mon vieux maître disait que je ressemblais à un cognassier, alors je l’ai choisi en sa mémoire.
Chacun portant son plant, nous pénétrons dans la tombe de Yeon.
— Vous n’êtes pas curieux du plant que j’ai pris ?
— Oh, pardon.
— Haha, ça va. Mon plant, c’est…
Elle caressa une fleur de magnolia en pleine floraison.
‘Un magnolia blanc.’
— Un magnolia blanc…
— Comme ma mère aimait les magnolias pourpres, moi j’aime les magnolias blancs.
Je trouve que le blanc lui sied, tout comme sa préférence pour les vêtements immaculés.
Nous plantons le cognassier et le magnolia blanc de part et d’autre du magnolia pourpre.
La formation était orientée vers le magnolia pourpre, donc nos jeunes plants ne pousseraient pas à toute allure ; ils grandiraient lentement, naturellement, à ses côtés.
— Pourquoi avez-vous soudain décidé de planter des jeunes arbres, Demoiselle Buk ?
— Je vous l’ai dit, non ?
— C’est vrai, mais…
Je sentais d’autres raisons qu’elle ne disait pas, et je n’osa pas les évoquer le premier.
— On rentre ?
— …Allons-y.
Nous regagnons Cheon-saek.
Ce soir-là, je m’assis de nouveau sur les remparts de la Cité de Cheon-saek, face au vent du désert.
— Vous semblez apprécier la contemplation, mon ami.
Buk Joong-ho s’approcha par derrière, rejouant la scène d’il y a cinq ans.
Sa question aussi était similaire.
— Alors, ça avance avec la jeune demoiselle ?
Je me passa la main sur le visage.
— N’éprouvez-vous toujours aucun sentiment au-delà de l’amitié pour ma fille ?
La même question que cinq ans plus tôt, mais ma réponse avait changé.
— …Je me surprends à l’aimer.
— Hahaha, je le savais. Mon intuition ne trompe pas.
Il rit de bon cœur et s’assied à côté de moi.
— En vérité, il y a cinq ans, vous aimiz déjà ma fille.
— …
— Vous avez pu cacher vos sentiments à l’époque, mais à présent votre affection a trop grandi pour être dissimulée, n’est-ce pas ?
Il lit avec une justesse désarmante le tumulte en moi.
Je n’arrivai pas à ôter la main qui me couvrait le visage.
Tomber amoureux.
Il a raison. Il y a cinq ans, je me suis contenté de masquer mes sentiments, mais maintenant ils sont trop évidents.
Je l’aime, plus que je ne peux me mentir.
— Alors, quand comptez-vous vous déclarer à ma fille ? À ce que je vois, elle ne vous rejettera pas.
Mais.
— Monsieur…
Voilà.
— Je n’ai aucune intention d’avouer mes sentiments à la Demoiselle.
Cet amour doit demeurer un beau souvenir.
S’il devient plus qu’un souvenir, et que l’objet de cet amour disparaît au-delà du temps,
je deviendrai fou, à n’en pas douter.
— Hmm…
À ma réponse, Buk Joong-ho me jetta un regard interloqué.
— Appartenez-vous à une religion qui interdit les relations amoureuses ?
— Non.
— Auriez-vous peut-être une préférence pour les hommes ?
— …Non.
— Ou bien pratiquez-vous une méthode particulière de cultivation qui vous rend incapable de…
— Non !
— Alors pourquoi ?
Il croisa les bras et me demanda :
— Pourquoi vous évertuer, depuis cinq ans, à ne pas être avec ma fille ?
— …
— Si vraiment vous ne l’aimiez pas, vous seriez parti de Cheon-saek avec le Cultivateur Cheongmun. Mais vous êtes resté, tout en connaissant votre propre cœur. Et vous vous obstinez à ne pas être avec elle ?
Il me fixa, sans comprendre, et je m’accrocha à un mensonge léger.
— …Je pratique une méthode particulière de cultivation.
Je poursuis :
— On l’appelle la Méthode d’Une Seule Émotion. C’est une méthode qui intensifie une émotion spécifique pour cultiver des pouvoirs particuliers. J’utilise votre fille pour amplifier mes émotions et progresser plus vite. Si je reste ici, ce n’est que pour faire avancer ma cultivation…
— Vous mentez.
— Je pratique bel et bien la Méthode d’Une Seule Émotion.
— Non, non.
Il me regarda droit dans les yeux.
— Vous dites que vous vous servez des émotions pour cultiver, n’est-ce pas ? Si vous étiez avec ma fille, vos émotions ne s’approfondiraient-elles pas davantage ? Pourquoi ne pas choisir cela ?
— …
— Ce ne serait pas plus avantageux pour vous ?
En effet.
Je cultive la Bannière de Malédictions Sanguines des Cinq Éléments par la Méthode d’Une Seule Émotion, mais l’émotion que j’utilise n’est pas l’amour.
C’est, au contraire, le calme.
Chaque fois que je pense à Buk Hyang-hwa et que mon cœur s’emballe, je m’efforce délibérément d’employer le calme comme émotion de ma cultivation.
Mais à présent, mon affection est devenue si forte qu’elle éclipse mon calme.
— …Accordez-moi un peu de temps, je vous prie.
— Hmm…
À court de mots, je me tus, et Buk Joong-ho me jetta un regard peu convaincu.
— Très bien. Mais j’aimerais que vous vous décidiez vite. Ma fille a passé sa vie recluse dans cette cité, se servant des derniers mots de sa mère comme prétexte.
Son destin, tel que je le vois, c’est vous. Sans vous, elle ne rencontrera peut-être jamais celui qui lui est destiné et se repliera encore davantage. J’espère une décision rapide.
Buk Joong-ho descendit des remparts, et je ferma les yeux.
Les jours passèrent, et un autre visiteur bienvenu arriva de l’ouest pour troubler mon calme.
— Comment vas-tu, Eun-hyun ?
C’était Kim Young-hoon.
— Allons nous mesurer.
Flash !
Il tira son sabre à lame d’or.
